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« Le truc, là, pour égoutter les pâtes. » Entre 3 et 10 ans, le vocabulaire d’un enfant explose, mais pas de la même façon pour tous. Les mots se glanent partout : dans les conversations, les histoires, les jeux, les sorties. Plus un enfant en connaît, mieux il comprend ce qu’il entend et ce qu’il lit, et mieux il exprime ce qu’il pense et ce qu’il ressent. Bonne nouvelle : enrichir son vocabulaire ne demande ni fiches ni leçons, mais quelques habitudes simples, à glisser dans la vie de tous les jours. En voici dix, avec des jeux de mots pour tous les âges.
Pourquoi le vocabulaire compte autant
Le programme de l’école maternelle le dit sans détour : l’enseignement du vocabulaire y est prioritaire, car une bonne connaissance des mots permet de mieux comprendre et de mieux s’exprimer. Il fixe même un repère : une maîtrise suffisante de la langue repose sur l’usage d’au moins 2 500 mots en fin de grande section.
Plus tard, le vocabulaire devient un pilier de la lecture. Un enfant qui déchiffre un mot qu’il connaît déjà à l’oral le comprend immédiatement ; s’il ne le connaît pas, il bute sur le sens, même en lisant parfaitement. Chaque mot appris à la maison est donc un petit investissement pour l’école.
Apprendre un mot en quatre temps
À l’école maternelle, l’enseignement du vocabulaire suit quatre étapes : apporter des mots nouveaux, structurer le lexique en montrant les liens entre les mots, les faire mémoriser, puis les faire réutiliser. À la maison, on peut suivre exactement le même chemin, sans en avoir l’air : on rencontre le mot dans une histoire, on le relie à d’autres (« Une passoire, c’est comme un tamis »), on le répète dans un jeu, on le réemploie le lendemain en faisant la cuisine.
La réutilisation est l’étape la plus souvent oubliée. Un mot entendu une fois s’efface ; un mot réemployé plusieurs fois dans des situations différentes s’installe.
Dix habitudes pour le quotidien
Nommer précisément
Remplacez « le truc » ou « la chose » par le mot exact : la passoire, l’écumoire, le fouet. Les enfants adorent les mots précis, surtout quand ils sont rigolos.
Commenter ce que l’on fait
En cuisinant, en bricolant, en jardinant, décrivez vos gestes : « Je verse, je mélange, je pétris. » Les verbes d’action s’apprennent en les vivant.
Lire des albums… et en parler
Une histoire lue à voix haute apporte des mots qu’on n’utilise pas à l’oral. Arrêtez-vous sur un mot nouveau, expliquez-le avec une image ou un geste, puis reprenez la lecture.
Jouer avec les contraires et les nuances
Chaud, tiède, brûlant ; petit, minuscule, riquiqui. Proposez de chercher le mot « plus fort » ou « plus doux » : c’est un jeu que les enfants adorent.
Explorer les familles de mots
Jardin, jardiner, jardinier, jardinage : la famille aide à comprendre et à retenir. Elle sert aussi beaucoup en orthographe.
Mettre des mots sur les émotions
Content, fier, soulagé, déçu, jaloux : un vocabulaire riche des émotions aide l’enfant à dire ce qu’il ressent plutôt qu’à le montrer.
Poser des questions ouvertes
« Raconte-moi » et « Comment tu as fait ? » obtiennent des phrases plus longues que « C’était bien ? ».
Reformuler plutôt que corriger
S’il dit « le truc qui coupe », répondez : « Ah, les ciseaux ? Oui, prends les ciseaux. » L’enfant entend le bon mot sans se sentir repris.
Profiter des sorties
Le marché, la forêt, le musée, la gare : chaque lieu apporte son vocabulaire. Préparez la sortie en parlant de ce que vous allez voir.
Laisser l’enfant expliquer
Demandez-lui de vous expliquer un jeu, une règle, une recette : chercher ses mots pour se faire comprendre fait beaucoup progresser.

La carte de mots, un jeu pour les 6–10 ans
Pour les enfants qui lisent, la carte de mots aide à organiser le vocabulaire. On écrit un mot au centre d’une feuille, puis on cherche ensemble des mots plus forts, plus doux, des contraires et des mots de la même famille. Accrochée au mur, la carte grandit au fil des jours.
Ce jeu prépare aussi l’orthographe : connaître la famille d’un mot aide à savoir comment il s’écrit. Notre article pour apprendre l’orthographe en s’amusant propose d’autres pistes.
La lecture, première source de mots
Les livres contiennent des mots qu’on entend rarement dans les conversations : « s’émerveiller », « un sentier », « chuchoter ». Lire à voix haute à un enfant, même quand il sait lire seul, reste l’une des meilleures façons d’enrichir son vocabulaire. Or le temps de lecture des jeunes diminue : selon l’étude du Centre national du livre publiée en 2024, les 7–19 ans consacrent en moyenne 19 minutes par jour à la lecture pour le plaisir, contre 3 h 11 sur les écrans.
Source : Centre national du livre / Ipsos, « Les jeunes Français et la lecture », 2024
Voir les données du graphique
| Activité | Minutes par jour | Détail |
|---|---|---|
| Lecture de livres pour le plaisir | 19 min | moyenne des 7–19 ans |
| Écrans (hors livres numériques et audio) | 191 min | 3 h 11 |
Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais de protéger un petit moment de lecture partagée dans la journée. Nos conseils pour donner le goût de lire à un enfant aident à installer ce rendez-vous.

Des jeux de mots pour tous les âges
- Je vais au marché et j’achète… : chacun répète la liste et ajoute un mot. Vocabulaire et mémoire à la fois.
- Le mot interdit : on raconte sa journée sans dire « truc » ni « chose ».
- Les devinettes : « C’est un outil qui sert à égoutter les pâtes. » Pour les plus jeunes, les jeux de sons et de rimes sont un bon point de départ : voyez nos idées pour jouer avec les syllabes et les rimes.
- Le mot du jour : un mot rare, écrit sur le frigo, qu’on essaie de placer au moins trois fois dans la journée.
Questions fréquentes
Combien de mots connaît un enfant de 5 ans ?
Les chiffres varient beaucoup d’un enfant à l’autre. Le programme de l’école maternelle retient un repère : une maîtrise suffisante de la langue repose sur l’usage d’au moins 2 500 mots en fin de grande section.
Faut-il corriger les mots mal prononcés ou mal employés ?
Mieux vaut reformuler que corriger sèchement : répétez la phrase avec le bon mot, naturellement. L’enfant l’entend sans perdre l’envie de parler.
Les dessins animés enrichissent-ils le vocabulaire ?
Un peu, surtout s’ils sont regardés à deux et commentés. Mais rien ne remplace la conversation et la lecture partagée, où l’enfant peut poser des questions et réutiliser les mots.
Mon enfant parle peu, dois-je m’inquiéter ?
Chaque enfant a son rythme. Si vous avez un doute sur son langage, sa compréhension ou sa prononciation, parlez-en à votre médecin, qui pourra orienter vers un bilan orthophonique si nécessaire.
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